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Cracheurs et urbanité
À la fin des années 50, dans toutes les écoles primaires du royaume, des campagnes de sensibilisation, organisées par la Ligue contre la tuberculose, attiraient l'attention des enfants sur les dangers liés à la prolifération de la saleté. On y soulignait l'importance de la chasse aux « minous », on recommandait l'usage dans les lieux publics du crachoir, le tout abondamment illustré de petits dessins évocateurs.
La crasse et la saleté, qui polluent la ville, ne sont pas des malédictions inévitables. Si elles perdurent c'est, d'une part, qu'elles sont produites « en continu » et, d'autre part, qu'elles ne sont pas éliminées avec efficacité.
La crasse, les vieux papiers, les déjections canines, les crachats, les chewing-gums, les papiers gras, les canettes vides, aboutissent de plus en plus souvent dans l'espace public qu'ils dégradent. C'est donc, avant tout, à ceux qui produisent ces déchets et qui considèrent qu'il est normal d'utiliser l'espace public comme une vaste poubelle que revient en premier lieu la responsabilité de cette saleté. Ces comportements dénotent d'un mépris pour le bien commun que sont nos rues, nos places, nos squares ou nos avenues. Il s'apparente d'ailleurs à celui des conducteurs qui parquent leur véhicule sur les trottoirs ou les passages pour piétons. Un même dédain, un même irrespect, une même arrogance animent les uns et les autres.
L'usage de l'espace public et sa qualité sont intimement liés au respect que nous lui devons et qui est une manière de reconnaître à tous les habitants de la ville un droit égal à sa jouissance. Chaque fois que le propriétaire d'un chien laisse la signature de son animal familier sur un trottoir, il dégrade non seulement l'espace public, mais il manifeste
« concrètement » son mépris pour l'ensemble des passants. Chaque fois qu'un automobiliste dépose sa voiture sur un passage pour piéton, il met en danger les usagers
de l'espace public. Chaque fois qu'un individu crache sur un trottoir, cet acte grossier et infect est justement perçu par ceux qui en sont les témoins comme une véritable agression physique contre ce lieu qui n'appartient à personne mais dont nous avons tous le privilège de la jouissance : l'espace public. Ces actes sont intolérables et il appartient aux pouvoirs publics de lancer des campagnes de sensibilisation efficaces auprès des jeunes - et des moins jeunes - et, au besoin, de sévir pour préserver un accès serein de tous les habitants à la sphère publique.
Il leur appartient aussi d'être les premiers gardiens de la propreté publique. Cette tâche ne peut se cantonner aux habituels circuits touristiques, elle doit obligatoirement être accomplie sur l'ensemble du territoire et, en particulier, dans les quartiers qui subissent les dégradations les plus importantes. Elle demande de leur part des soins constants et attentifs. Elle ne nécessite pas nécessairement un matériel sophistiqué. Des hommes motivés et conscients de l'importance qu'il y a à veiller à la propreté de la rue, armés d'un bon balai, sont bien souvent plus efficaces que des engins mécaniques lourds et bruyants. Il importe donc que les responsables veillent à la motivation des hommes de terrain et les rendent conscients de l'importance de leur mission.
Promouvoir l'urbanité passe donc nécessairement par une prise de conscience de l'importance du rôle de l'espace public dont la propreté et la sécurité nécessitent des soins vigilants et permanents de la part de l'autorité publique.
Marc Frère, président ARAU
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